Tribunal administratif•N° 1400097
Tribunal administratif du 16 septembre 2014 n° 1400097
TA103, Tribunal administratif de Polynésie française – Décision
Date de la décision
16/09/2014
Type
Décision
Juridiction
TA103
Domaines
Domaine privédomaine public
Texte intégral
Décision du Tribunal administratif n° 1400097 du 16 septembre 2014
Tribunal administratif de Polynésie française
Vu la requête enregistrée le 24 mars 2014, au greffe du tribunal administratif de la Polynésie française, sous le n° 1400097, présentée par la Polynésie française, représentée par son président en exercice ;
La Polynésie française défère, comme prévenu d’une contravention de grande voirie, M. Eric L., dont l’adresse postale est (98763), et conclut à ce que le tribunal :
- constate que les faits établis par les procès-verbaux n°0188/2013 BN Papeete et n° 01783/2013 BTA Moorea-Maiao, dressés le 23 octobre 2013 et le 16 novembre 2013 par la gendarmerie nationale, constituent la contravention prévue et réprimée par la délibération n° 2004-34 du 12 février 2004 ;
- condamne M. L. à : • l’amende prévue à cet effet, • la réparation du préjudice causé par l’enlèvement et la démolition de l’épave occupant le domaine public, • la remise en état du domaine public dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous peine d’une astreinte de 50 000 F CFP par jour de retard, passé le délai d’un mois, et autorise la Polynésie française à procéder d’office à la remise en état des lieux occupés aux frais du contrevenant, • la prise en charge des entiers dépens et au versement de la somme de 20 000 F CFP au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
La Polynésie française soutient que l’immersion d’un navire, ex- restaurant Linavera, mesurant environ 20 mètres de longueur et 5 mètres de largeur, sur le domaine public maritime, dans le lagon de Haapiti sur l’île de Moorea, sans autorisation administrative, constitue une contravention de grande voirie prévue et réprimée par la délibération de l’assemblée de la Polynésie française n° 2004-34 APF en date du 12 février 2004 ;
Vu la mise en demeure adressée à M. L. le 5 mai 2014 ;
Vu le mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2014, présenté par M. L. qui conclut au rejet de la requête ;
M. L. fait valoir que :
- malgré ses précautions pour éviter toute pollution et ses efforts pour faire échouer et démonter en sa totalité le navire nommé Tamarii Moorea et non Linavera, il n’a pu l’empêcher de couler ;
- par la suite, il a été mis en examen puis relaxé, démontrant ainsi l’absence de pollution et de danger du navire immergé ;
- huit ans après les faits et au regard de l’état actuel de dégradation du navire, « la motivation écologique » de la Polynésie française lui est incompréhensible ;
- il est persuadé que le fait d’avoir laissé couler le navire était l’unique solution non polluante et non dangereuse ;
Vu le mémoire, enregistré le 2 septembre 2014, présenté pour la Polynésie française, représentée par son président en exercice, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
La Polynésie française fait valoir que :
- en application du principe de l’indépendance des instances administrative et pénale, M. L. ne saurait utilement invoquer la circonstance qu’il a été relaxé par le juge judiciaire ;
- M. L. ne conteste pas sa qualité de propriétaire de l’épave, de nature à engager sa responsabilité ;
- il n’établit pas l’existence de causes exonératoires de responsabilité ;
- l’immersion en cause constitue bien une pollution ;
- il doit remettre en état le domaine public ;
Vu le procès-verbal n°0188/2013 BN Papeete dressé le 23 octobre 2013 par la gendarmerie nationale ;
Vu le procès-verbal n° 01783/2013 BTA Moorea-Maiao dressé le 16 novembre 2013 par la gendarmerie nationale ;
Vu la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 modifiée portant statut d’autonomie de la Polynésie française, ensemble la loi n° 2004-193 du 27 février 2004 complétant le statut d’autonomie de la Polynésie française ;
Vu la délibération n° 2004-34 APF du 12 février 2004 portant composition et administration du domaine public en Polynésie française ;
Vu le code pénal ;
Vu le code de procédure pénale ;
Vu le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir au cours de l'audience publique du 9 septembre 2014, présenté son rapport et entendu :
- les conclusions de M. Mum, rapporteur public ;
- et les observations de M. Lebon, représentant la Polynésie française ;
1. Considérant que la Polynésie française défère comme prévenu d’une contravention de grande voirie M. L., à qui il est reproché d’avoir fait procéder à l’immersion d’un navire mesurant environ 20 mètres de longueur et 5 mètres de largeur, sur le domaine public maritime, dans le lagon de Haapiti sur l’île de Moorea, sans autorisation administrative ; 2. Considérant qu’aux termes de l’article 2 de la délibération n° 2004- 34 de l’assemblée de la Polynésie française du 12 février 2004 portant composition et administration du domaine public en Polynésie française : « Le domaine public naturel comprend : le domaine public maritime qui se compose notamment des rivages de la mer, des lais et relais de mer, des étangs salés communiquant librement ou par infiltration ou par immersion avec la mer, du sol et du sous-sol des eaux intérieures dont les havres et rades non aménagés et les lagons jusqu’à la laisse de basse mer sur le récif côté large, du sol et du sous-sol des golfes, baies et détroits de peu d’étendue, et du sol et du sous-sol des eaux territoriales (…)» ; qu’aux termes de l’article 6 de la même délibération : « Nul ne peut sans autorisation préalable délivrée par l'autorité compétente, effectuer aucun remblaiement, travaux, extraction, installation et aménagement quelconque sur le domaine public, occuper une dépendance dudit domaine ou l'utiliser dans les limites excédant le droit d'usage qui appartient à tous…» ; que l’article 27 de ladite délibération dispose que : « Les infractions à la réglementation en matière de domaine public (…) constituent des contraventions de grande voirie et donnent lieu à poursuite devant le tribunal administratif, hormis le cas des infractions à la police de la conservation du domaine public routier qui relèvent des juridictions judiciaires. Les contrevenants pourront être punis des peines d’amende ou des peines privatives ou restrictives de droit, telles que définies dans le code pénal pour les contraventions de la cinquième classe. En cas de récidive, le montant maximum de l’amende pourra être doublé. En outre, l’auteur d’une contravention de grande voirie pourra être tenu de réparer le dommage causé, au besoin sous astreinte » ; qu’enfin, selon l’article 131-13 du code pénal applicable en Polynésie française l’amende pour les contraventions de 5ème classe est de la contre valeur en francs Pacifique de 1 500 euros au plus, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit ; En ce qui concerne l’action publique :
3. Considérant qu’il ressort des mentions des procès-verbaux n°0188/2013 BN Papeete et n° 01783/2013 BTA Moorea-Maiao dressés le 23 octobre 2013 et le 16 novembre 2013 par la gendarmerie nationale, que M. L. a fait procéder sans autorisation administrative, à l’immersion d’un navire mesurant environ 20 mètres de longueur et 5 mètres de largeur, sur le domaine public maritime, dans le lagon de Haapiti sur l’île de Moorea ;
4. Considérant que M. L., qui ne conteste pas sérieusement les mentions desdits procès-verbaux, fait valoir qu’il n’avait pas l’intention de faire couler ladite embarcation, dont il est constant qu’il est le propriétaire, et que cette opération était l’unique solution non polluante et non dangereuse se présentant à lui en 2007 ; qu’il ne fournit toutefois aucun élément précis à l’appui de ses allégations de nature à établir qu’il aurait dû faire face à des circonstances imprévisibles et irrésistibles constitutifs d’un cas de force majeure ; que s’il soutient qu’en raison d’un défaut d’entretien du chenal, le remorquage du navire n’était pas possible, il n’apporte aucun élément précis permettant de caractériser un fait de l’administration assimilable à un cas de force majeure ; qu’il ne saurait utilement faire valoir ni la relaxe dont il a bénéficié devant la juridiction judiciaire, ni l’ancienneté de faits en cause ; que cette atteinte caractérisée à l’intégrité du domaine public maritime de la Polynésie française constitue l’infraction prévue à l’article 6 de la délibération précitée du 12 février 2004 et réprimée par l’article 27 de cette délibération ; que dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’infliger à M. L. une amende d’un montant de 150 000 F CFP ;
En ce qui concerne l’action domaniale :
5. Considérant qu’il n’est pas établi qu’à la date du présent jugement le contrevenant ait régularisé la situation ; que, dans ces conditions, il y a lieu de condamner M. L., pour autant qu’il n’y ait pas déjà procédé, à remettre en état le domaine public maritime en enlevant le navire irrégulièrement immergé, dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision et, à défaut de remise en état passé ce délai, d’autoriser la Polynésie française à y procéder d’office aux frais de l’intéressé ; que, dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette condamnation d’une astreinte ;
Sur l’application de l’article L 761-1 du code de justice administrative :
6. Considérant qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. L., une somme de 20 000 F CFP au titre des frais que la Polynésie française a exposés, notamment les frais de signification dans le cadre de la procédure et non compris dans les dépens ;
DECIDE :
Article 1er : M. Eric L. est condamné à payer à la Polynésie française une amende de 150 000 (cent cinquante mille) francs CFP.
Article 2 : M. Eric L. est condamné, pour autant qu’il n’y ait pas déjà procédé, à remettre en état le domaine public maritime, en enlevant le navire mesurant environ 20 mètres de longueur et 5 mètres de largeur, irrégulièrement immergé sur le domaine public maritime, dans le lagon de Haapiti sur l’île de Moorea, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement. L’administration est autorisée à défaut d’exécution du jugement au terme du délai d’un mois, à procéder d’office à la remise en état des lieux occupés aux frais de M. Eric L..
Article 3 : M. Eric L. versera à la Polynésie française une somme de 20 000 (vingt mille) francs CFP en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la Polynésie française est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera adressé à la Polynésie française pour notification et à M. Eric L. dans les conditions prévues à l'article L.774- 6 du code de justice administrative.
Lu en audience publique le seize septembre deux mille quatorze.
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Polynésie française en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
D. Germain
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